LA MÉSAVENTURE DE ROMEO

Safou Cosmetics à l’exposition Gabon 9 provinces
7 mai 2014
SAFOU COSMETICS invitée de la foire des artisans du Haut O-gooue
9 mai 2014

LA MÉSAVENTURE DE ROMEO

 

Un artiste ne meurt jamais. Pour preuve, Olivier Ngoma et son célèbre « Bane », des années après avoir quitté ce monde, emplissaient encore les oreilles et les cœurs des clients d’un salon de thé de la capitale gabonaise.


Assis près d’une fenêtre au premier étage de l’établissement, une tasse de café près de sa bouche, Roméo avait les yeux rivés sur l’agitation qui régnait en contre bas, au rond-point d’Awendjé. Une foule éparse d’individus en tout genre slalomait entre les véhicules embouteillé et les étales d’un marché improvisé. Le regard de Roméo s’arrêta sur une femme qui, à son goût, faisait tâche dans le décor. Avec sa peau couleur caramel, son tailleur pantalon ceintré et sa longue chevelure empruntée, sa place était davantage dans une de ces rutilantes voitures climatisée, qu’en bordure de route à « miser » pour avoir un taxi. L’instant d’une seconde, il eut envie de sortir lui prêter main forte, mais le retentissement de la sonnerie de son téléphone le détourna de sa tentative de bonne action du jour.

C’était encore le boulot. Un agent en intervention avait besoin de son expertise. Chef du service exploitation à la SEEG depuis 3 ans, il avait sous sa responsabilité près d’une vingtaine de techniciens qui quadrillaient toute la moitié sud de la ville. L’intervention avait lieu à « Ça m’étonne » un quartier reculé d’Owendo à l’accès tellement périlleux qu’on s’étonnait qu’il puisse y avoir des résidents. Roméo prit quelques minutes pour aider son collaborateur avant de raccrocher et reporter son regard vers l’extérieur. L’élégante inconnue avait disparu.

Il avisa l’heure sur sa montre, soupira d’impatience et repris son téléphone pour composer le numéro de son ami Frédéric. Après deux tonalités, ce dernier décrocha:

– J’arrive type, je suis même déjà là. Normalement ta belle sœur doit être arrivée aussi. En tout cas, laisse moi cinq minutes s’il te plaît, le temps de sortir des bouchons..

Loin d’être dupe, Romeo savait qu’il en avait pour au moins vingt minutes d’attente supplémentaires. Il héla une serveuse et passa une seconde commande. Alors qu’elle s’éloignait, une cliente installée à l’autre bout de la salle l’interpella. Tailleur pantalon gris clair, longue chevelure lisse et maquillage sophistiqué, Roméo reconnu immédiatement la femme qui lui avait tapé à l’œil quelques minutes plus tôt.

Elle n’était donc pas partie.

Sans aucune gêne, il se mit à la détailler de la tête aux pieds. Ses sandales à talons révélaient de jolies orteils vernis. Ses jambes croisés et son regard sérieux rivé sur son téléphone démontraient une certaine assurance, loin de laisser Roméo indifférent, bien au contraire.
Sur de son charme infaillible, il se leva et se dirigea vers elle d’un pas décidé.

– Bonjour, excusez moi de vous approcher de la sorte mais… j’étais assis à ma table de l’autre côté là bas et comme j’attends un ami qui se fait désirer, je me suis dit que je pourrais en profiter pour vous aborder et faire connaissance.

Sans prendre la peine de le regarder, l’inconnue répondit :

– Bonjour, comme vous pouvez le constater je suis occupée. Merci d’aller importuner d’autres clients.

Un sourire se dessina sur le visage de Romeo et comme si on l’y avait invité, il tira une chaise et s’assit en face de son interlocuteur :

– Vous êtes trop aimable, merci. Je m’appelle Roméo, dit-il en tendant sa main.

La femme ferma les yeux, posa son téléphone et inspira profondément avant de le fusiller du regard. Sa colère sourde croisa les yeux rieurs de Roméo. Elle fût surprise par ses fossettes, ses yeux ronds et se demanda comment une voix si grave pouvait sortir d’un corps si frêle. L’homme en face d’elle ne devait pas faire plus de 65 kilos pour 1,70m. Un gabarit de moineau devant ses mensurations de miss Malaïka. Sa colère se mua en mépris. Elle toisa sa main, saisit ses affaires et se leva pour aller s’installer quelques tables plus loin.
Sans se démonter, Roméo la suivi:

– On pourrait jouer à ça toute la journée si vous voulez, mon petit nom c’est Tenace, déclara-t-il en s’asseyant. Le seul moyen de se débarrasser de moi, c’est de me donner ce que je veux.

– Et qu’est-ce que vous voulez à la fin ?! s’agaça la femme en haussant le ton.

– Je vous l’ai dit, faire connaissance.

– C’est maintenant forcé ? Vous connaître ne m’intéresse pas, foutez moi la paix, j’attends quelqu’un.

– Tout comme moi. Mais cette personne n’est visiblement pas encore arrivée, alors discutons, il n’y a pas de quoi s’enflammer. De loin vous me paraissiez polie et sympathique, vous ai-je mal jugé ?

– Si je vous dis oui, vous me laisserez tranquille ?

– Certainement pas, je vous demanderai ce qui n’a pas marché dans votre vie pour être si belle à l’extérieur et vilaine à l’intérieur… À moins que ce ne soit tout vos artifices qui fassent illusion et qu’en réalité vous n’ayez rien pour plaire… naturellement.

– Vous… Vous… bégaya-t-elle, choquée.

– Roméo, on peut se tutoyer. Tu m’as dit que tu t’appelais comment déjà ?

La femme voulu dire quelque chose mais se retint et parut réfléchir.

– Sonia, lâcha-t-elle finalement.

– Enchanté Sonia. Que fais-tu dans la vie ?

-Les affaires.

-Les affaires ? Quoi comme affaires ?

-Diverses choses, du commerce à gauche à droite, je me débrouille quoi.

Roméo la dévisagea et son œil accrocha le sac de marque suspendu au dossier de la chaise de son vis-à-vis.

– Je vois, tu dois bien te débrouiller, sourit-il. À moins que ce ne soit de la contrefaçon, là aussi.

– Pensez ce que vous voulez, ça n’engage que vous.

– Holà… on va se calmer, nous ne sommes pas en guerre d’accord. Bon si ça peut te rassurer, je vais me présenter à mon tour pour que tu vois au delà du visage juvénile qui est devant toi. Roméo Mvoula, 35 ans célibataire sans enfant et chef de service dans une grande société de la place, déclare-t-il non sans une once de fierté.

Ennuyée, la femme roula les yeux et soupira.

– Enchantée. C’est bon, on a finit ?

Le visage de Roméo se rembrunit. Il se posa mille et une question sur cette femme qui n’était en rien impressionné par son CV pourtant très recherché dans le marché sentimental local.

– Tu as quelqu’un dans ta vie Sonia ?

– Si je répond oui, vous me laissez tranquille ?

– Ça dépend.

– De ?

– Du degré d’implication que tu as dans cette relation. S’il y a une ouverture je serai idiot de ne pas tenter ma chance.

Sonia sourit. Roméo senti qu’il venait là de marquer un point. Mais l’adversaire était coriace et le combat loin d’être gagné.

– Il n’y a pas d’ouverture, désolée.

– Tu es désolée ? Cela suppose que tu aurais bien voulu… Tout n’est donc pas perdu.

Il avisa l’heure sur sa montre, son ami n’allait plus tarder.

– Comment faire pour acheter tes produits Sonia ?

– Je doute qu’ils vous intéresse, gloussa-t-elle subitement.

S’intéresser à son travail l’avait comme décoincée. Cette observation n’échappa pas à Roméo qui décida de s’engouffrer dans la brèche:

– Comment ça ?

– Ma clientèle est principalement féminine en fait.

– Et alors ? J’ai bien des sœurs, des cousines ou des amies à qui je pourrais avoir envie de faire plaisir.

– Et bien dans ce que cas…

Elle saisit son sac, en sortit un portefeuille d’où elle tira une carte de visite.

– Safou Cosmetics ? Lut-il.

– Oui, c’est ma marque de produits cosmétiques élaborés à partir du Safou, de l’atanga quoi. Vous trouverez les points de vente au dos et…

La sonnerie de son téléphone l’interrompit. Elle fronça les sourcils et décrocha. Roméo cru percevoir une voix à l’autre bout du fil sans pour autant parvenir à distinguer la teneur des propos. La femme en face de lui parut soudain nerveuse.

« Comment ça tu ne viens plus ? Ce n’est pas possible ! Comment… OK je bouge tout de suite ! « 

Elle ramassa ses affaires en catastrophe, posa un billet sur la table et s’en alla presque en courant, sans un mot pour Roméo qui resta pétrifié de stupeur. L’instant de tétanisation passé, il se décida à tenter de la rattraper et dévala les escaliers en quatrième vitesse. Hélas, une fois hors du restaurant, il ne parvint pas à retrouver sa trace dans le flot de passants. Elle s’était littéralement envolée. Seule preuve qu’il n’avait pas imaginé cette rencontre, la carte de visite qu’elle lui avait laissé.

Une main se posa sur son épaule, le faisant sursauter.

– Mon gars, c’est comment ? Tu veux déjà partir ? Lui lança Frédéric avec son fort accent camerounais.

– Hein ? Heu… Mais attends, tu as vu l’heure ? Tu déconnes.

– Non laisse, rentrons je vais t’expliquer. J’ai échappé de peu à la mort mon gars, le dehors est risqué.

– Comment ça ?

Frédéric fit durer le suspense jusqu’à ce qu’ils s’installent à la table de Romeo.

– Bon alors tu craches le morceau ? Elle est où ta copine ?

– Tu ne l’a pas vu ? Elle devait pourtant déjà être arrivée.

– Je ne sais pas, à quoi elle ressemble ? Comme tu peux le voir il y a du passage par ici.

– Claire de peau, grande de taille, mince mais avec des formes là où il faut, regarde…

Frédéric sorti son téléphone et lui montra une photo. Roméo failli s’étouffer dans une quinte de toux en reconnaissant Sonia.

– Doucement gars, c’est comment ? Sa beauté te trouble à ce point ? le taquina Frédéric.

Roméo prit le temps de vider sa tasse de café froid avant de daigner répondre.

– Elle est bien en effet mais heu… C’est quoi le problème maintenant ?

– Eh mon gars ! Si je te dis ce qui m’est tombé dessus en arrivant…

– Mais tu vas parler oui ?! s’impatienta Roméo. Tu gazes avec tes faux mystères.

– Calme toi, je vais t’expliquer. J’étais tranquille pour moi sur la route quand je reçois une notification Facebook et tombe sur ça…

Roméo découvrit sur le fil d’actualité de son ami, un post relatant un fait divers ayant eu lieu la veille avec pour titre « La tchiza meurtrière ».

– Encore ?! Mais qu’est-ce qu’elles ont toutes ?

– Tu as tout lu ? Tu as vu la photo qui accompagne le post ?
Roméo fit défiler le texte sans le lire et découvrit avec stupeur le jolie visage de…

– Sonia ?!

Frédéric fronça les sourcils :

– Sonia c’est qui ? Tu fumes ou quoi ? Ça c’est ma go, enfin mon ex maintenant, Sophia. Tu te rends compte, une criminelle ! C’est à dire que dans la blague, elle aurait pu finir avec moi !

– Sophia ? Non, celle que j’ai vu ici s’appelle bien Sonia, insista Roméo, carte de visite à l’appui.

– Sonia Poati, lu Frédéric. C’est le même nom de famille mais…

– Elle t’a sûrement donné un faux blaze. Tchouo! Les filles de Libreville sont trop dangereuses !

– Quel faut name ? C’est une autre go que tu as rencontré, Sophia fait dans le prêt-à-porter, pas les produits de beauté. En tout cas j’ai appelé mon frangin qui bosse à la PJ, on va l’attraper ici.

– L’attraper ? Mais… Attend, ce n’est pas toi qui l’a appelé pour dire que tu ne viens plus ?

– Qu’est ce que tu me racontes ? Ma go arrive, je ne sais pas qui tu as vu mais ce n’est pas elle.

Et pourtant, à part les cheveux qui étaient plus courts, Roméo était certain d’avoir à faire à la même personne.

Confut, il n’insista pas. Ne sachant sur quel pied danser entre l’espoir de se tromper et la crainte d’avoir effectivement discuté avec une criminelle, il attendit patiemment l’arrivée de la futur ex de son ami. Seulement, vingt minutes plus tard, lorsque le frangin policier appela Frédéric, son cœur tomba en lambeau. On venait d’appréhender Sophia dans un taxi. Après vérification, elle avait effectivement sur elle des cartes de visite nominative en lien avec la marque Safou-cosmetics

– Je n’y crois pas, comment cela est-il possible ? murmura-t-il, abasourdi.

***
Et vous ? Y croyez-vous ?

Comments are closed.